Edito
Février 2007 : Au revoir Henri Grouès
Lundi 22 Janvier 2007, mort d'Henri Grouès, alias l'Abbé Pierre : Ce n'est qu'un au revoir mon frère !
Au risque d'être accusé de récupérer l'évènement, mais j'avoue que je m'en fiche un peu ... je ne peux pas en tant que fondateur du mouvement des Sociopros, ne pas laisser une trace à cette occasion. Je laisse à ceux qui l'ont vraiment connu le soin de parler de sa vie tragique et banale à certains égards et pourtant si singulière et si héroïque pour qu'au 21ème siècle il soit probablement le dernier Français avant longtemps, pour qui le pays tout entier veut décréter un deuil national et cela en dépit de ses errances personnelles.
J'ai relevé les grandes lignes d'une citation que j'ai reçue comme un encouragement à persévérer dans nos valeurs. Il aurait dit ... je n'ai malheureusement pas pu relever à la radio les mots précis, quelque chose dont la substance était : "L'oisiveté c'est l'enfer, ce n'est pas suffisant d'aider quelqu'un dans la détresse, mais il faut aussi et surtout veiller à ce qu'il se sente utile", résumant en quelques mots ce que l'on peut faire pour vraiment mieux vivre ensemble nous soutenant les uns les autres et ce qu'on peut faire de pire dans les démarches d'assistanat impersonnelles que nous avons mise en place et institutionnalisées dans notre société du chacun pour soit.
Ce n'est pas l'appel des Français à la générosité et à l'amour qui m'a le plus ému, cet appel qu'il a pu faire sur RTL lors de ce terrible hiver de 1954, mais l'histoire singulière de la création d'Emmaüs et cette tirade époustouflante qu'il assène à ce hors la loi qui vient à lui pour confesser qu'il veut se suicider et qu'il est au bout du rouleau. J'ai raconté à table ce soir à mes enfants cette histoire tellement édifiante ...
A ce stade de l'histoire, l'une de mes filles s'est agitée et m'a dit : "Oui je connais cette histoire ... après ça, l'Abbé va lui donner ses chandeliers pour le sauver de la police".
J'ai bien ri avec ma femme et j'ai continué l'histoire pour leur dire que le coup des chandeliers, c'était une belle invention de l'inspiré Victor Hugo alors que cette histoire là s'était réellement passée ...
... L'Abbé prend acte et lui dit simplement que vu qu'il a décidé de se supprimer, ça ne change pas grand chose s'il donne peut-être un coup de main pour finir la construction d'une petite maison pour une maman seule avec ses enfants afin qu'elle ait un toit et une protection. Il finit par lui dire que s'il tient toujours à se supprimer, il sera toujours temps de poursuivre sa première idée, lorsqu'il aura rendu ce service ...
Et voilà comment l'aventure d'Emmaüs a commencé. Je me suis longtemps demandé la raison du terme "Emmaüs". Maintenant que je suis plus vieux, et bien que je ne sois pas de la même foi que l'abbé Pierre, je comprends mieux en relisant l'histoire biblique des compagnons d'Emmaüs (Actes 24:13-53) ce qu'elle a pu suggérer à Henri Grouès. A la fois l'espoir du retour de celui ou de celle qu'on a perdu, et aussi l'invitation à traiter comme un prince, en faisant route et en partageant notre repas avec lui, s'il le veut bien, toute créature de bonne volonté qu'il nous sera donné de rencontrer et qui est peut être dans un autre monde qui sait ... le Roi des Rois.
Rudi Sordes
Président des Sociopros