Analyse
du NON des Français
Ils n’ont rien
compris !
Le résultat du référendum du 29 mai 2005 confirme ce que nous pressentions sur deux plans. Tout d’abord on peut constater qu’autant du côté de l’Elysée, depuis lequel on se contente de piloter un remaniement ministériel, que de l’opposition, qui rejette la faute sur la majorité, l’incompréhension est totale. Il ne faudra pas compter non plus sur l’ensemble des élites, notamment nationales, pour analyser avec pertinence cette mobilisation massive pour le « non », puisque elle se trouve déconnectée de la majorité de la population de par son positionnement majoritaire pour le « oui ». Et quel crédit accorder à la plupart des titres de la presse, des stations de radios, ou des chaînes de télévisions de notre pays devant leur manque de déontologie à cette occasion ?
Ensuite
les propositions ne sont pas à la hauteur du mécontentement et de la crise que
traversent tous ceux qui gagnent moins de 2000 € par mois[1].
Un remaniement ministériel ne changera rien car le pouvoir n’est plus représentatif
de l’aspiration des citoyens. Les alternatives présentées par les partis, de
l’extrême droite à l’extrême gauche, dont les représentants ont
monopolisé le débat public pendant la campagne référendaire, ne sont pas
viables. Elles servent seulement d’exutoires électoraux à la masse
croissante de ceux qui sont désabusés de la façon dont les partis de
l’alternance gouvernementale traitent la politique. De plus, tous les extrêmes
se livrent à une récupération malhonnête des résultats de ce référendum,
ce qui ne va pas sans altérer notre image à l’étranger.
Nous
pensons que le mécontentement s’explique principalement par une précarité
croissante d’une majorité de la population, ainsi que par une angoisse face
à une société dont tous les projets sont soit économiques et financiers,
soit intimement liés à ces facteurs. Les réformes de l’assurance-maladie,
de la retraite, des 35 heures, de l’éducation, de la décentralisation et même
de la sécurité, en lien direct avec la précarité et le déficit d’espérance,
sont à mettre au bilan du dernier gouvernement. Malheureusement, si ces réformes
vont bien dans le sens d’une « intégration » européenne, elles
ne répondent en rien aux besoins du peuple.
Des
citoyens français qui sont chapeautés par un gouvernement de la compromission
à l’Europe du plus petit dénominateur commun, et dont les positions
politiques sont hétéroclites et aléatoires, n’ont aucune chance d’imposer
leur aspiration à un ensemble plus vaste. Il est temps de redonner un sens à
la République française afin que celle-ci soit en mesure de servir d’exemple
à l’Europe pour lui prouver qu’elle a tout intérêt à redéfinir ses
priorités. Une République qui permettra une cohésion sociale par le haut, et
qui sera motivée par un projet partagé par la majorité de sa population, sera
alors plus forte pour défendre son modèle au niveau Européen.
Il est grand temps de construire ensemble un programme qui constitue une réelle solution et non pas l’occasion de se livrer à un défoulement civique. Il est grand temps de répondre au grondement qui monte du fond des urnes et qui, malgré son insistance, ne trouve toujours pas l’oreille des relais politiques qui ont accès aux médias. Il est grand temps de jouer franc-jeu avec le pays avant que l’expression ne laisse la place à la sédition.
Fabrice
Restier
Responsable commission mondialisation
[1] Le vote « non » au référendum est plus fort chez ceux qui gagnent moins de 2000 € par mois. Les Echos, mardi 31 mai 2005 – Données issues du sondage Ipsos pour Dell, Le Figaro, France 2 et Europe 1, réalisé le 29 mai auprès de 3 355 personnes.