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Edito
Décembre 2003
La laïcité voile les responsabilités
Pour dénoncer un signe de démarcation social, politique, philosophique ou religieux, comme le voile islamique pour ne citer qu’un cas d’actualité, encore faut-il avoir appris à le reconnaître. Hormis l’omniprésence des marques par le biais de nos accoutrements, ainsi que par celui des publicités visuelles ou auditives, le symbolisme est aussi un moyen d’influencer nos comportements inconsciemment. J’encourage les médias, comme ils ont pu le faire pour l’Islam, à faire preuve d’autant de pédagogie afin de, par exemple, mettre à jour toute la symbolique Franc-maçonne qui orne un grand nombre de nos monuments ou édifices, allant même jusqu’à inspirer quelques récentes et prestigieuses architectures dans notre pays. Je les incite également à faire la lumière sur le symbolisme ésotérique plus ou moins caché dans les produits dits culturels ou de divertissements destinés à la jeunesse. Une fois mis devant l’évidence, faudra-t-il se résoudre à démanteler notre patrimoine et à créer un comité de surveillance des actes attentatoires à la liberté de pensée ?
La liberté de pensée telle que nous la définissons ne prend toute sa dimension que par rapport à ce qui nous semble être un embrigadement intellectuel. On justifie la prééminence de la laïcité par sa capacité à écarter les conceptions religieuses ou partisanes. Mais il ne s’agit en fait que d’un prétexte pour laisser le champ libre à la manifestation d’autres formes de manipulations mentales moins ostentatoires quand on n’en connaît pas la codification. Les symbolismes évoqués ci-dessus, ainsi que la pensée unique ou l’intégrisme libéral sont quelques-unes de ces expressions.
J’en appel donc à l’intelligence citoyenne afin de laisser le port de tout signe d’appartenance à la discrétion de chacun tant que celui-ci ne vient pas empiéter sur la liberté de l’autre, ou s’exerce sous l’influence d’un tiers. L’apparence ou le mode de pensée d’une personne ne doit en aucun cas être un critère à prendre en compte quand il ne remet pas en cause la nature des activités qu’on lui demande d’intégrer ou de pratiquer. Ceci dit, les handicaps que peuvent provoquer les choix individuels vis-à-vis du collectif devront être relativisés selon la situation, sachant qu’une éducation et une profession sont souvent le résultat d’une culture. Le contenu des matières enseignées n’a pas toujours une valeur universelle. De plus leurs vérités sont toutes relatives et susceptibles d’être remises en cause par les progrès de la science. Les métiers quand à eux sont les héritiers d’une histoire, le produit d’un enseignement, pratiqués selon des normes ou des habitudes qui varient de continent en continent. Une personne ne se réclamant pas de la culture du pays dans lequel elle vit n’est pas obligée de se soumettre à celle-ci tant que son comportement, je le rappel, n’empiète pas sur la liberté de l’autre, ou ne souffre pas de l’influence d’un tiers. Un apport étranger à nos habitudes ne doit pas être pris comme un envahissement, ni comme un renoncement à notre propre culture. Il doit au contraire être intégré dans notre société comme un enrichissement grâce à la tolérance de la différence.
Il ne sert à rien de s’attaquer au communautarisme, il faut avoir le courage de s’attaquer à ses causes. L’idée d’une société à l’abri de toute influence idéologique n’est qu’une utopie servie par ceux qui souhaitent minimiser les effets de toutes les injustices économiques, financières ou sociales qu’ils instaurent ou laissent instaurer. Les textes ou les projets législatifs qui accompagnent cette idée accentuent la pression sur les victimes de ces injustices en les obligeant à une égalité d’apparat. Cette dernière que certains voudraient pérenniser par l’instauration d’une discrimination positive ne fera qu’attiser les doutes sur les réelles capacités des récipiendaires.
Notre système économique a pour défaut principal de creuser le fossé séparant les plus riches des plus pauvres. Il donne naissance à des injustices qui nourrissent les rangs des mouvements altermondialistes, ainsi qu'à une culture de la compétitivité qui attise les haines et les communautarismes. Lutter contre cette situation en légiférant, non pas sur les comportements des institutions financières et économiques, mais sur ceux des populations déjà touchées par la paupérisation, revient à établir une double peine sociale.

Fabrice Restier
Responsable commission mondialisation du PSP
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